Depuis quelques années, on observe un accroissement dans le nombre des contrefaçons faites sur les meubles design. De nos jours il n’est pas rare de trouver sur internet des meubles dits de designers commercialisés à des prix imbattables. Ce n’est pas de la chance, mais il s’agit plutôt de meubles contrefaits. Très souvent ces meubles sont assez semblables aux meubles originaux, mais il  y a tout de même des éléments qui les différencient et les experts sont mieux placés pour les distinguer. D’ailleurs selon les mêmes experts on distingue deux types de copies de meubles design, cela vaut aussi pour tout autre produit : les copies serviles qui trompent clairement le client, ce sont des reproductions des produits originaux, elles sont « inspirées de.. » « d’après… », etc. On retrouve aussi les copies d’inspiration qui sont disponibles en général dans la grande distribution. Elles évoquent les pièces d’origine, mais ne le sont pas. On pourrait par exemple trouver une chaise semblable à la chaise Eames DSW, mais avec des différences évidentes.

S’agissant des prix, ces derniers peuvent passer du simple au décuple. Parmi les meubles les plus contrefaits, on retrouve ceux des années 1950 et 1960, catégorie à laquelle la chaise Eames DSW appartient. Ce sont des meubles signés par de grands noms en général. On retrouve désormais des créations actuelles contrefaites comme celles du designer Philippe Starck. La contrefaçon peut être perçue comme un hommage au créateur, mais ce n’est pas rassurant pour ces derniers. Les créateurs sont toujours sur le qui-vive, à traquer les copies. Pour mener leurs actions ils utilisent de nombreux moyens parmi lesquelles les saisies, l’arrêt de la distribution, les dommages et intérêts et parfois la destruction des stocks. Ils font le maximum pour que les sites internet qui vendent les copies soient fermés, sauf que lorsqu’un site ferme deux autres ouvrent le même jour.

Les éditeurs ne s’arrêtent pas à cela, pour que les copieurs soient affaiblis, il est important de les distancer, de se réinventer dans la création de meubles. Grâce aux droits qui sont cédés aux sociétés d’édition, ils peuvent se rapprocher des héritiers ou autres ayants droit, afin de faire évoluer les créations en améliorant les détails, en modifiant les couleurs, en s’essayant à de nouveaux matériaux, etc. Autant de choses qui peuvent être faites en restant fidèle au projet initial du designer. C’est-à-dire que les éditeurs doivent être capables de repenser la chaise Eames DSW sans la dénaturer.

Les designers et architectes forment une communauté assez solidaire dans la pratique de leurs arts, même s’ils ont des philosophies différentes qui aboutissent à des créations tout aussi différentes autant sur le plan de la forme que du fond. Le style Art déco a régné sur les années 1920 et partage l’explosion d’un nouveau genre d’esthétique, une esthétique plus pure, moins ornementée et plus géométrique, un peu comme le mouvement moderne. Deux philosophies qui pourraient être à l’origine de la chaise Barcelona créée justement en 1929 par l’architecte et designer Ludwig Mies van der Rohe. L’Art déco et le mouvement moderne sont opposés sur la cible qui est la leur.  Pendant que le premier se destine à une cible fortunée et privilégiée, le deuxième se destine à la masse. Le deuxième point d’opposition entre les deux mouvements est la méthode de fabrication des meubles. Pendant que l’Art déco prône l’utilisation de méthodes traditionnelles de grands ébénistes pour la fabrication des meubles, le mouvement moderne prône une production de masse, industrielle, pour des meubles qui restent de qualité et qui sont fonctionnels.

Ceci pourrait également justifier les écarts qui existent entre les prix des meubles de chacun des deux mouvements. De nombreux designers de l’Art déco ont rejoint le mouvement moderne au fil des années. On se rend compte de la différence entre les deux mouvements durant les expositions internationales. L’Art déco atteint son apogée au cours de l’exposition universelle des Arts Décoratifs et Industriels qui s’est tenue en 1925 dans la ville de Paris. À cette époque, les adeptes du mouvement moderne ne s’y font pas beaucoup remarqués avec leur pavillon sous le thème « l’Esprit nouveau ». À cette époque la chaise Barcelona n’avait pas encore vu le jour.

L’UAM qui porte le nom d’Union des Artistes Modernes est un autre regroupement de designers, d’architectes et d’artistes. Le mouvement a vu le jour en 1929 sous l’impulsion de Robert Mallet-Stevens. Ce mouvement caractérisé de dynamique a survécu jusqu’en 1958 et a permis à de nombreux créateurs du mouvement moderne de faire la promotion de leurs créations lors d’expositions internationales. À l’image des chaises Barcelona, les meubles issus du modernisme sont assez fonctionnels et faits en acier. L’Union des Artistes Modernes a été le premier regroupement à créer et à mettre sur le marché des meubles métalliques. Supportée par la revue « L’Esprit nouveau », l’association a bénéficié du soutien et du professionnalisme de nombreux designers, architectes et artistes de renom comme Le Corbusier, Louis Sognot, Charlotte Perriand, Pierre Chareau, Francis Jourdain, et bien d’autres. Des designers qui ont marqué leurs époques respectives et dont les meubles habillent encore nos intérieurs.